🇩🇪 Es ist Mitte August. Nach der Zeit der Mini-Transat hat sich mein Leben in den letzten Monaten an Land abgespielt, wobei ich auch die Herzen von Schweizer:innen im wahrsten Sinne des Wortes höher schlagen liess. Diesen Donnerstag gab ich die Schlüssel im Büro ab und schrieb letzte Nachrichten, bevor ich das Telefon löschte und zurücksetzte. Neben den technischen Voraussetzungen und dem Bewusstsein, dass die Fähigkeit, in stressigen Situationen einen kühlen Kopf zu bewahren, auch im Operationssaal nützlich sein kann, war ich vor allem überrascht, wie mein Interesse an der Interaktion mit Menschen (sei dies im Team, mit Ärzten oder Patient:innen ) in den letzten Jahren am und auf dem Ozean gestiegen ist. Nicht das Erste, was mir beim Solosegeln als Lernschritt in den Sinn gekommen wäre.
Doch zurück zum Schlüssel abgeben. Es war Abend, und am nächsten Tag stand ein Flug nach Kanada mit Ziel Transatlantik auf einer fliegenden IMOCA auf dem Programm, Die Taschen zu Hause waren noch leer und bis jetzt füllen sie sich leider noch nicht von selbst. Der Vogel hob nach Mittag ab und nach einer entspannten Reise landete ich freudig in Montreal. Ganz ehrlich hatte ich meine Geschenke deklariert und den Aufenthalt erklärt, doch dies kam dem Officer sehr suspekt vor. Ein junger Schweizer mit auslaufendem Arbeitsvertrag kommt fürs Segeln nach Kanada, hat aber einen Rückflug, und die Freunde reisen nicht gleichzeitig mit ihm… Nachdem er mein Bankkonto gesehen hatte, ich ihm erklärt hatte, was die Mini-Transat ist, und der Skipper zweimal mit den Behörden telefoniert hatte, wurde ich schliesslich mit einem trockenen «There is the exit» reingelassen.
Nach 2 Tagen, in denen wir die Grösse des amerikanischen Kontinents erlebten: Pickups mit Motorhaube so gross wie ich, Kaffeetassen wie Badewannen etc. , stachen wir zu viert in Quebec in See. Am Wind ging es dem Sankt-Lorenz entlang. Eine sehr schöne Landschaft mit saftigen Wäldern, hie und da eine Fontäne, die die Präsenz der Wale zeigt (leider kamen wir nie mehr als das Ausblasen zu sehen), in welche wir eintauchten. Weniger schön: Der Motor konnte unsere Batterien nicht laden und aus den Solarpanels und Wassergeneratoren kam auch nicht viel Strom. Da hiess es nach 48h Blackout: Kein Autopilot, keine Navigationsinstrumente, nix. Bei 50 Metern Sicht im Nebel sassen wir während rund 24h abwechselnd am Steuer; mit einem kleinen Hand-GPS bis nach Gaspé – einem kleinen Ort am Ausgang des Sankt-Lorenz. Zum Glück sind wir alle Mini-Segler und sind mit wenig Hilfsmitteln zufrieden. Auch nach 2 Tagen mit einem Remote-Techniker konnten wir den Fehler nicht finden. Daher stiegen wir um auf eine pragmatische Lösung: Generator und Ladegerät. Von da stachen wir in See für die hoffentlich zweite Etappe, die uns nach England bringt. Wir hatten super Glück mit dem Wetter: Mehr oder weniger nach der Ausfahrt aus dem Sankt-Lorenz kam der Wind von der Seite und drehte auf Raumschot von achtern. Und ich konnte zum ersten Mal spüren, was eine IMOCA der Generation Vendée Globe 2024/25 in sich hatte, und auch, was das für das Leben an Bord hiess. Zu Beginn mussten wir bei kabbeliger See die Fahrt drosseln, denn sonst wäre das Schiff durch die Aufschläge auseinandergefallen. Doch sobald sich dies legte, fliegst du mit über 25 Knoten im Durchschnitt und mit Spitzen über 35 Knoten übers Wasser. 5 Grad Kielwinkel oder 1 Grad Foil-Incidence machen einen Riesenunterschied. Das zeigt, wie viele Meilen und Erfahrung es braucht, um dieses Schiff im vollen Potenzial und bei Schlafentzug zu segeln.
Das tönt jetzt vielleicht reizvoll, doch mit diesen Geschwindigkeiten kommt auch Gehörschutz anziehen, aufwachen, weil man im «Bett» herumgeschleudert wird. Oder die ganze Kleidung wechseln, weil ich im falschen Moment mein Müesli essen wollte und dies wegen des Eintauchers im Motor und bei mir überall bis in die Ohren zu finden war. Nicht zu sprechen, dass das Geschäft im richtigen Moment getimt sein muss, damit es sicher den Kessel trifft. 8 Tage wechselten wir uns in unserem Wachsystem ab. Ich liebe die Momente in der Nacht und ertappe mich manchmal dabei, wie ich mir vorstelle, wie ich auf so einem Boot allein im Süden dahingleite – natürlich eine romantisierte Vorstellung. Neben uns haben wir auf der ganzen Überfahrt 2 Frachter getroffen, bevor der Verkehr in Irland wieder dichter wurde. Es ist immer komisch, wie ich das Gefühl für Zeit und Distanz mitten auf dem Ozean verliere: Dann sieht man innerhalb von 24h zuerst Land auf der Karte, wieder Schiffe auf Sicht und dann die Küste – und hier das Highlight der südenglischen Küste und die Needles der Isle of Wight. Bis zum vollen Restaurant, das einen akustischen Schock und eine Reizüberflutung bedeutete.
Mit der Fähre gings von Gosport über den Ärmelkanal und per Zug zurück nach Aarau. Danke an das Team von Ocean Race Kanada für diese Erfahrung auf der seglerischen und entdeckerischen Seite. Natürlich auch Alan, Jay und Camille für das geteilte Abenteuer. Ab jetzt geht’s wieder zurück auf und an den Atlantik, nach Lorient, wo ich diese Veränderung, welche ich zu Beginn des Textes beschrieben habe, erfahren durfte. Ich kann noch nicht offiziell publizieren, wie es weitergeht. Doch es wird eine Geschichte rund um meine Passion, ein spannendes Team und hoffentlich wieder neue Erlebnisse und Treffen.
🇫🇷 Nous sommes mi-août. Après la période de la Mini-Transat, ma vie s’est déroulée à terre ces derniers mois – une période durant laquelle j’ai aussi fait battre plus fort le cœur des Suisses et Suissesses, au sens propre du terme. Ce jeudi, j’ai rendu les clés au bureau et écrit mes derniers messages, avant d’effacer et de réinitialiser mon téléphone. Au-delà des prérequis techniques et de la conscience que la capacité à garder la tête froide dans les situations stressantes peut aussi être utile au bloc opératoire, ce qui m’a surtout surpris, c’est de constater à quel point mon intérêt pour l’interaction avec les gens (que ce soit au sein de l’équipe, avec les médecins ou les patient·e·s) a grandi ces dernières années sur et au bord de l’océan. Ce n’est pas la première chose à laquelle j’aurais pensé comme apprentissage de la navigation en solitaire.
Mais revenons à la remise des clés. C’était le soir, et le lendemain, un vol pour le Canada était au programme, avec pour objectif une traversée de l’Atlantique sur un IMOCA volant. Les valises, à la maison, étaient encore vides et jusqu’à présent, elles ne se remplissent malheureusement toujours pas toutes seules. L’oiseau a décollé après midi et, après un voyage tranquille, j’ai atterri avec joie à Montréal. En toute honnêteté, j’avais déclaré mes cadeaux et expliqué le motif de mon séjour, mais tout cela a paru très suspect à l’officier. Un jeune Suisse dont le contrat de travail arrive à échéance vient au Canada pour faire de la voile, mais possède un billet de retour, et ses amis ne voyagent pas en même temps que lui… Après qu’il eut consulté mon compte bancaire, que je lui eus expliqué ce qu’est la Mini-Transat et que le skipper eut téléphoné deux fois aux autorités, on m’a finalement laissé entrer avec un sec « There is the exit ».
Après deux jours durant lesquels nous avons pris la mesure de l’immensité du continent américain: des pick-up dont le capot est aussi haut que moi, des tasses à café grandes comme des baignoires, etc. nous avons pris le large à quatre depuis Québec. Nous avons longé le Saint-Laurent au près. Un très beau paysage, avec des forêts luxuriantes et de temps en temps un jet d’eau signalant la présence des baleines (malheureusement, nous n’avons jamais vu plus que leur souffle), dans lequel nous plongions. Moins agréable : le moteur n’arrivait pas à charger nos batteries, et les panneaux solaires ainsi que les hydrogénérateurs ne produisaient pas beaucoup d’électricité non plus. Résultat, après 48 h : black-out total. Plus de pilote automatique, plus d’instruments de navigation, rien. Avec 50 mètres de visibilité dans le brouillard, nous nous sommes relayés à la barre pendant environ 24 h, avec un petit GPS de poche, jusqu’à Gaspé, un petit village à la sortie du Saint-Laurent.
Heureusement, nous sommes tous des ministes et nous nous contentons de peu de moyens. Même après deux jours passés avec un technicien à distance, nous n’avons pas réussi à trouver la panne. Nous avons donc opté pour une solution pragmatique : un groupe électrogène et un chargeur. De là, nous avons repris la mer pour ce qui serait, espérions-nous, la deuxième étape, celle qui devait nous mener en Angleterre.Nous avons eu énormément de chance avec la météo : peu ou prou à la sortie du Saint-Laurent, le vent est venu de travers avant de passer au grand largue. Et j’ai pu ressentir pour la première fois ce qu’un IMOCA de la génération Vendée Globe 2024/25 avait dans le ventre, et aussi ce que cela signifiait pour la vie à bord. Au début, dans une mer hachée, nous avons dû réduire l’allure, faute de quoi le bateau se serait disloqué sous les impacts. Mais dès que cela s’est calmé, on file au-dessus de l’eau à plus de 25 nœuds de moyenne, avec des pointes à plus de 35 nœuds. 5 degrés d’angle de quille ou 1 degré d’incidence de foil font une énorme différence. Cela montre le nombre de milles et l’expérience qu’il faut pour mener ce bateau à son plein potentiel, et cela en état de manque de sommeil.
Cela peut sembler séduisant, mais à ces vitesses, il faut aussi mettre des protections auditives, se réveiller parce qu’on est ballotté dans son « lit », ou encore changer tous ses vêtements parce que j’ai voulu manger mon müesli au mauvais moment et que, à cause d’un enfournement, on en retrouvait partout, jusque dans le moteur et dans mes oreilles. Sans parler du fait que « la commission » doit être calée au bon moment pour atteindre le seau à coup sûr. Pendant 8 jours, nous nous sommes relayés selon notre système de quarts. J’adore ces moments nocturnes, et je me surprends parfois à imaginer que je glisse ainsi, seul, sur un tel bateau dans les mers du Sud: une vision romancée, évidemment.
Sur toute la traversée, nous n’avons croisé que deux cargos, avant que le trafic ne redevienne dense en Irlande. C’est toujours étrange de voir à quel point je perds la notion du temps et des distances en plein océan : en l’espace de 24 h, on voit d’abord la terre apparaître sur la carte, puis de nouveau des navires en vue, et enfin la côte – ici, le clou du spectacle : la côte du sud de l’Angleterre et les Needles de l’île de Wight. Jusqu’au restaurant bondé, qui a représenté un choc acoustique et une véritable surcharge sensorielle.
Depuis Gosport, nous avons traversé la Manche en ferry, puis pris le train pour rentrer à Aarau. Merci à l’équipe d’Canada Ocean Racing pour cette expérience, tant sur le plan de la navigation que de l’exploration. Merci aussi, bien sûr, à Alan, Jay et Camille pour cette aventure partagée. À partir de maintenant, cap à nouveau sur et vers l’Atlantique, direction Lorient, là où j’ai pu vivre ce changement que je décrivais au début de ce texte. Je ne peux pas encore annoncer officiellement la suite. Mais ce sera une histoire autour de ma passion, d’une équipe passionnante et, je l’espère, de nouvelles expériences et rencontres.




